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La diffusion de la prgnance de la Raison ou La prsentation de l'homme et du monde l'homme 3me partie

Posted by Jean-Paul Laurent (manager) on 02/08/2015
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Les travaux qui s'intéressent au rôle de la dopamine dans les systèmes de récompense et dans la saillance de la motivation autorisent à penser que les symptômes psychotiques résulteraient d'une erreur dans l'assignation  de la nouveauté  ou de la saillance à des objets ou des associations de pensée. La saillance de motivation  désigne,  le processus par lequel des stimuli associés à une récompense mobilisent l'attention  et deviennent  le but du comportement. Normalement, l'activité  des systèmes dopaminergiques  médiatise l'expérience de la nouveauté et l'acquisition adaptée de la saillance de motivation. Dans la schizophrénie un ensemble de prédispositions environnementales et génétiques produit un dysfonctionnement du système dopaminergique se manifestant par une régulation de son  activité indépendamment des indices du contexte. Le processus normal, lié au contexte, est remplacé par un processus endogène d”attribution de la saillance et de la nouveauté aux stimuli.  Ainsi le système dopaminergique, qui dans les conditions habituelles médiatise la régulation de la saillance ou de la nouveauté liée au contexte, conduit à l”émergence de saillance ou de nouveauté aberrante dans le processus psychotique. Les signes de la psychose avérée sont le délire et les hallucinations bien qu'au début les patients ne présentent que peu ces phénomènes. Durant cette période, l'activité dopaminergique est indépendante ou  inappropriée au contexte. Cela se traduit dans la subjectivité du patient par un sentiment de perplexité et de « concernement »  face aux situations faussement nouvelles ou  saillantes qu'il rencontre. Les patients s'y trouvent confrontés sans pouvoir leur assigner un sens compréhensible. Ce qui ne fait que croître leur perplexité et « concernement. » et se marque par des comportements de plus en plus étranges. On assiste à une augmentation de la perplexité, de la confusion, du changement de l”humeur et du comportement jusqu'à ce que cela se fige dans un délire.

Il n'est pas question de réduire la complexité de la phénoménologie de l'expérience psychotique à la pathologie de la régulation d'une simple molécule organique mais plutôt de formuler une hypothèse sur le lien entre le plan clinique et le plan somatique ou entre la causalité finale et la causalité matérielle pour reprendre une distinction que nous avions mis en exergue de notre thèse en 1991. Les traitements antipsychotiques en réduisant la transmission dopaminergique  calment les manifestations de la saillance motivationnelle. Ce qui se traduit, en début de traitement par ce sentiment de détachement rapporté par les patients, un passage à l'arrière plan de leur préoccupation, des hallucinations et du délire, plutôt qu'un réel effacement de ces symptômes. Dans la mesure où les traitements antipsychotiques bloquent l'expression des désordres du système dopaminergique, ils n'inversent pas ni l'étiologie sous-jacente ni le désordre du système dopaminergique. Aussi, à l'arrêt du traitement  les dysfonctionnements dopaminergiques réapparaissent. Les mêmes idées, schémas et croyances qui participaient aux symptômes des patients sont réinvestis par la saillance de motivation et recommencent à organiser les comportements sur un mode pathologique. Les hypothèses formulées ci-dessus valent pour les symptômes délirants et hallucinatoires de la schizophrénie  non pour les Troubles Formels de la Pensée. En fait  cela concerne plus pour le phénomène psychotique dans la schizophrénie que  la schizophrénie per se.

Par ailleurs, dans un autre domaine de recherche à savoir celui de la linguistique pragmatique, la notion de saillance a été utilisée pour désigner la propriété qui conduit à l’activation irrépressible du sens d’une acception au détriment des autres. Si un mot possède deux significations qui peuvent être récupérées directement dans le lexique, la signification la plus familière, la plus prototypique, ou la plus fréquemment utilisée dans une communauté donnée est la plus saillante. L’hypothèse a donc été formulée que la saillance d’une des acceptions d’une expression, ayant plusieurs sens, soit le facteur qui contrôle l’accès au sens et non pas son caractère figuré ou littéral.  Cette situation peut se rencontrer à propos d'un mot, par exemple du mot “chemise” qui désigne  aussi bien un vêtement qu'une couverture cartonnée dans laquelle on insére des documents, que d'une expression tel que “casser les pieds” qui signifie suivant le contexte “ennuyer” ou “fracture du membre inférieur”. Notons que dans le langage courant la polysémie est la règle et le sens unique l”exception. Précisons les choses: de manière générale, une forme saillante est une forme qui se sépare nettement du fond continu sur lequel elle se détache. La signification qui est la plus familière pour un individu ou qui a été apprise le plus récemment est la plus saillante. La signification activée par un contexte antérieur, ou rendue prédictible par un contexte antérieur est la plus saillante. Ainsi, les significations saillantes sont celles qui sont conventionnelles, fréquentes, familières, facilitées par le contexte antérieur.

Quand la signification la plus saillante est visée (comme la signification figurée des idiomes conventionnels), elle est accédée directement, sans avoir à traiter la signification littérale moins saillante en premier. Cependant, quand une signification moins saillante que la signification la plus saillante est visée (c. à d. la signification métaphorique de métaphores nouvelles, la signification littérale d”idiomes conventionnels, une interprétation nouvelle d”une expression littérale fortement conventionnelle), la compréhension implique un processus séquentiel, la signification la plus saillante étant traitée en premier, avant la signification dérivée.

En résumé, le modèle de la saillance permet de prédire que l”interprétation saillante (c. à d. conventionnelle) possède une priorité absolue sur une interprétation moins saillante (c à d. nouvelle) et que la signification saillante d'un mot ou d”une expression est toujours activée.

L'ensemble de nos travaux de recherche, nous a conduit à formuler la proposition suivante : Il est nécessaire de distinguer l'effet de deux aspects qui sont mis en jeu dans les traitements cognitifs. D'une part une saillance du familier qui regroupe la saillance de motivation telle que nous l'avons définit   et l'hypothèse de la saillance graduée telle que nous nous venons de la décrire. Cette saillance  du familier, originaire, qui agit dans le domaine physique  ou linguistique, se caractérise par le caractère irrépressible de sa mise en jeu à partir des stimuli qui jaillissent à la conscience. Les Troubles du Contenu de la Pensée chez les patients schizophrènes traduisent une rupture dans la régulation de cette saillance.  D'autre part une prégnance contextuelle (cf la deuxième  partie de la trilogie) qui résulte de  la mise en jeu d”inférences faites à partir d”indices contextuels  avant tout évaluation de leur signification propre. Elle reflète la mise en jeu de stratégie complexe de nature linguistique (sémantique ou syntaxique) ou non. Les Troubles Formels de la Pensée, dans la schizophrénie, témoigneraient d”une rupture dans le fonctionnement de la diffusion de cette prégnance qui a pour fin la présentation de l'homme et du monde monde à l'homme (cf la deuxième partie de la trilogie).

Dans une perspective plus lointaine, une implication ces propositions sera une meilleure compréhension des processus cognitifs qui sont diminués (ceux qui sous-tendent la diffusion de prégnance ou cognition « fluide ») et qui sont augmentés par compensation (ceux qui sous-tendent l”effet de saillance ou cognition cristallisée) chez les patients schizophrènes. Ces connaissances pourraient alors être mis au service des projets d'aide cognitive des patients dans une logique qui répondrait à la question suivante : comment les mécanismes sains peuvent-ils compenser les mécanismes défectueux? Peut-on corriger les perturbations de la diffusion de la prégnance par les effets de la saillance et comment ?

Les résultats de ces recherches pourraient également donner lieu à de nouvelles approches pour comprendre le rôle des systèmes neuromodulateurs et neuroendocriniens  et/ou  l”action des psychotropes sur la prégnance contextuelle (cognition fluide) et sur la saillance du familier (cognition cristallisée) chez les patients neuropsychologiques.Pour terminer insistons sur le fait que la distinction saillance/prégnance indique 2 modalités de la pensée que seule la pathologie peut dissociée. Dans le monde de la Raison,  une est visible l'autre est cachée ou inversement suivant la situation. De manière imagée, cela peut manquer d'évoquer ce que l”on rencontre en physique des particules avec  la distinction  corpuscule (quanta)/ondulatoire de la matière

 

Last changed: 06/12/2018 at 16:33

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